comment survivre à sa propre famille?

de Mony Elkaïm

Peut-on se séparer?  La question est simple, la réponse semble évidente.  Pourtant, elle revient sans cesse, chaque fois avec la même acuité, la même puissance.  Comment comprendre que cette question mobilise autant l'attention, que tant de personnes s'arrêtent dans leur réflexion pour tenter de trouver une solution, une sortie?(...) Nous pouvons nous séparer physiquement de l'ancien partenaire amoureux.  En revanche, nous ne pourrons jamais nous en séparer psychiquement.  Se séparer de soi est chose impossible, sauf au prix de la folie et de la destruction.  Or l'autre vit en nous sous forme de traces, de mémoire, d'oublis, de joies et de douleurs, d'élans, de colères et de tant d'autres choses.  L'engagement amoureux entraîne de tels bouleversements sur le plan psychologique que la séparation menace notre intégrité psychique.  Lorsque l'autre, cette personne vers laquelle je me suis engagé sur le plan amoureux, se sépare de moi, une part de moi part avec elle tandis qu'une part d'elle reste avec moi.  Lors d'une séparation, et au fond pas seulement amoureuse, la redistribution des éléments n'est pas conforme à la distribution initiale.

 Le piège se referme alors, un système rigide s'installe et chacun se sent prisonnier.  Certains membres de la famille souffrent, des symptômes apparaissent...

Survivre à sa propre famille devient alors survivre à l'idée qu'on s'en fait. (...) Est-ce que je ne participe pas moi-même, à mon corps défendant, à la sculpture d'une situation qui est forcément mutuelle?

Dès ma naissance, je suis pris dans un contexte : la manière dont on m'a attendu, regardé, le prénom que j'ai reçu, et bien d'autres éléments encore, constituent une atmosphère de règles et de mythes, créée et partagée par les membres de la famille dont elle assure la cohésion et la permanence.  Au fur et à mesure que je vais grandir, les mythes et les règles de ma famille ne pourront plus être différenciés de la manière dont je les perçois et dont je me situe par rapport à eux.  Dès lors, je deviens acteur dans la pièce que nous jouons ensemble : comment vais-je m'autoriser à être suffisamment déloyal par rapport à ceux qui m'entourent, ou à l'image que j'ai d'eux, pour voir ma famille autrement qu'eux la voient -  autrement que moi aussi je la vois?  Comment me frayer un chemin hors des ornières répétitives et apparemment inévitables dans lesquelles nous nous enlisons de concert?"

 

Ce chemin, nous pouvons le faire ensemble.

 

 

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