Le coin du Psylosophe

"qui me dira la vérité" article de Phil. van Meerbeeck

"La puberté consiste, comme étymologiquement son nom l'indique, à être séparé, à faire d'abord l'exercice de sa finitude, d'être un corps désirant, mais aussi désirable...

"un corps qui réclame de déchirer la gangue de tendresse maternelle initialement nécessaire à la croissance infantile pour se donner au monde"

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"L'autre face du pouvoir" de Claude Steiner

“les jeux de pouvoir subtils reposent sur notre obéissance qui est souvent considérée à tort comme de la coopération.  Faire preuve de coopération est très souvent synonyme de donner son accord, de s'abstenir de discuter et de faire ce que nous disent d'autres personnes plus avisées."

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parole de Claude Tresmontant

" Ce qui est mauvais, ce n'est pas d'être chenille, c'est de refuser la transformation par laquelle la chenille devient papillon"

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poème d'Ohiyesa, écrivain indien contemporain

Le silence est l'équilibre absolu du corps, de l'esprit et de l'âme.  L'homme qui préserve l'unité de son être reste à jamais calme et inébranlable devant les tempêtes de l'existence - pas une feuille qui bouge sur l'arbre, pas une ride à la surface étincelante du lac - voilà aux yeux du sage illettré l'attitude idéale et la meilleure conduite de vie.  

Si vous lui demandez : "qu'est-ce que le silence?", 

il vous répondra : "c'est le Grand Mystère!" " le silence sacré est sa voix!"

Si vous lui demandez : "quels sont les fruits du silence?", il dira : "c'est la maîtrise de soi, le courage vrai ou l'endurance, la patience, la dignité et le respect.  Le silence est la pierre d'angle du caractère"

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"Tout ce que fait un indien, il le fait dans un cercle" Elan Noir, indien sioux oglala

Il en est ainsi parce que le pouvoir de l'univers opère toujours en cercles et que toute chose tend à être ronde.  Dans les temps anciens, lorsque nous étions un peuple heureux et fort, notre pouvoir nous venait du cercle sacré de la nation, et tant qu'il ne fut pas brisé, notre peuple a prospéré.(...)

Tout ce que fait le Pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle.  Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la Terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi.  Le vent, dans sa plus grande puissance, tourbillonne...

Les oiseaux font leur nid en rond, car leur religion est la même que la nôtre.  Le soleil s'élève et redescend dans un cercle.  La lune fait de même et ils sont ronds l'un et l'autre.  Même les saisons, dans leur changement, forment un grand cercle et reviennent toujours où elles étaient.  La vie d'une homme est un cercle d'enfance à enfance, et ainsi en est-il de toute chose où le Pouvoir se meut.  Aussi nos tentes étaient rondes comme les nids des oiseaux et toujours disposées en cercle, le cercle de la nation, nid fait de nombreux nids où nous couvions os enfants selon la volonté de Grand Esprit.

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"Nous aimons nos enfants" de Mony Elkaïm

Nous aimons nos enfants tels que nous nous imaginons qu'ils sont, mais ce que nous croyons qu'ils sont n'est pas forcément ce qu'ils sont- encore moins ce qu'ils sont à leurs propres yeux.  On pourrait formuler ainsi le message implicite que le parent envoie à son enfant : 

"je t'aime comme je pense que tu es sans me rendre compte que tu es peut-être différent : mais comme je t'aime et veux ton bien, accepte cet amour comme positif".  Parfois, l'enfant, pour garder cet amour, va tenter de se rendre conforme à l'image qu'il croit que nous avons de lui.  Mais en le oussant à s'engager dans ce processus, nous lui faisons courir un grand risque, car plus nous l'aimons, plus il risque de ne pas se sentir aimé puisque ce n'est pas lui qui est aimé mais la figure qu'il a forgée pour nous plaire.  Un patiente m'a dit un jour avec force : "Mon père m'a énormément aimée, mais il ne m'a jamais reconnue".  On ne saurait formuler plus nettement le problème.  Mais les parents, convaincus de la sincérité de leur amour pour leur enfant, ne peuvent vivre que comme une ingratitude suprême le refus par leur enfant d'accepter ce qu'ils offrent si volontiers.

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Qu'est-ce que la vie? Crowfood, chef blackfeet

“C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.

C'est le souffle d'un bison en hiver.

C'est la petite ombre qui court dans l'herbe

et se perd au coucher du soleil.

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le parent qui se sacrifie pour le bien de ses enfants

de Mony Elkaïm

"On peut supposer que les parents veulent sincèrement le bien de leurs enfants, mais ne se rendent pas compte que ce qu'ils estiment bon pour eux peut être considéré d'une toute autre façon par les intéressés.  Alors tout commentaire de la situation devient très difficile pour les enfants, parce qu'il risquerait de les faire passer pour des ingrats.  On rencontre ainsi fréquemment... 

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dans quel scénario suis-je engagé?

de Mony Elkaïm

"Elever un enfant est une des tâches les plus difficiles qui soient.  Si nous sommes trop fermes, notre rigidité peut nous être reprochée; si nous sommes trop souples, c'est notre laxisme qu'on critiquera; si nous aimons trop, nous risquons de paraître envahissants, étouffants; si nous tentons de laisser de l'espace, voilà qu'on nous trouve indifférents, trop distants.  Les parents n'ont donc d'autre choix que....

 

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“Qu'est-ce que le chantage affectif?" de Suzan Forward

“C'est une forme particulièrement puissante de manipulation par laquelle un proche menace, directement ou indirectement, de vous punir si vous ne satisfaites pas ses désirs. (...) Si tu ne te comportes pas comme je veux, tu souffriras

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"Parce que la honte naît dans une relation, elle ne peut disparaître que dans une relation...

La capacité de dire la honte ne dépend pas seulement de la possibilité de parler, elle dépend également de la nécessité d'être écouté et entendu."

Vincent de Gaulejac dans "les sources de la honte"

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Articles

Lien et distance dans la pratique professionnelle

 

 « Unir sans confondre et distinguer sans rompre » :

Comment rester professionnellement proche d’un interlocuteur sans se fondre dans l’émotion de ce dernier ?

Comment en tant que professionnel ne pas envahir l’interlocuteur avec ses propres sentiments ?

Comment intervenir avec « la juste distance relationnelle » dans des situations d’accompagnement délicates, à risque « d’échec » prévisible ? 

 Comment différencier le mandat d’accompagnement professionnel du désir d’aider et/ou d’apporter des réponses à tout prix ?

Comment dans des situations « limites » respecter le lien de confiance avec l’interlocuteur d’une part et l’éthique professionnelle d’autre part,» ? 

Comment l’envie de voler au secours de l’autre en détresse peut créer un lien coupant les ailes d’une possible autonomie ?

Ces questions interpellent nos manières d’être en lien dans nos relations professionnelles. 

Lors d’une journée de formation, une professionnelle TMS (travailleur médico-social) relate :

 « J’accompagne un parent d’une petite fille de 4 ans. Ce parent « au lourd passé » semble « tout faire » pour sa petite fille, jusqu’à dénoncer à la police son partenaire qui  frappait la petite .Un jour de visite à domicile, la fillette défigurée par des bleus au visage, m’accueille et me dit « t’as vu ?  C’est maman qui m’a fait ça ! ».  La mère avoue l’avoir frappée, et  avoir gardé la petite à la maison toute la semaine pour qu’on ne voie pas son visage ».  

La professionnelle ressent ceci : elle se sent choquée et trahie par la mère en qui elle plaçait sa confiance, déçue par rapport à ses attentes, impuissante au vu de la situation et coupable, se demandant ce qu’elle aurait raté dans le lien. Elle explique avec émotions combien elle était persuadée des capacités parentales de cette personne. Comment cette confiance « aveugle » s’est-elle  installée chez la professionnelle?

Ce récit témoigne de la prégnance des émotions submergeant la professionnelle et de la difficulté à rester en lien c.-à-d. d’être à la fois en lien avec la conscience de soi, de ses émotions, de ses présupposés, et en même temps de garder le recul nécessaire pour ajuster la distance relationnelle.

Nous partagerons ici quelques pistes de réflexions et des alternatives que nous travaillons avec la professionnelle pour l’aider à tendre vers une «plus juste distance ».

Pistes pour rester en lien et prende du recul :

Accueillir les émotions :

La professionnelle fort affectée par la situation, accepte difficilement ses ressentis. Afin de faciliter l’accueil de ses émotions par la personne elle-même, l’empathie authentique nous guidera pour accueillir d’abord sans jugement, ses sentiments, et les reformuler avec bienveillance.

Percevoir sensoriellement les manifestations physiques des émotions : 

Ce qui est ressenti passe toujours par le corps. En prendre pleinement conscience aidera à prendre ensuite du recul. Par exemple, j’ai un nœud dans l’estomac, une boule dans la gorge, une tension dans les épaules,…)

 Nommer les émotions, ainsi que les pensées :

Une étape suivante dans la prise de recul est la verbalisation. Cela permet de différencier spécifiquement ce qui affecte le registre émotionnel et ce qui trouble le champ de la pensée. Dans ce cas : déception, trahison, impuissance et culpabilité d’une part. D’autre part, par exemple : « Cette femme fait tout pour sa petite fille et a de bonnes capacités parentales ».

Mettre à jour les besoins sous-jacents chez chacun des acteurs de la situation: 

Besoins de la professionnelle :

Afin de sortir du mélange « impuissance, déception, culpabilité » s’enracinant dans le fantasme illusoire du contrôle du comportement de la maman, nous aiderons la professionnelle comme nous le verrons plus loin à retrouver sa pleine capacité de discernement en identifiant ses présupposés, croyances et méconnaissances, puis en redéfinissant des objectifs réalistes par rapport auxquels elle a un pouvoir d’action et d’impact légitime, dans le cadre de son mandat.

Afin d’augmenter les chances de prévenir la répétition de ce genre de situation, ce qui fait partie de sa mission, la professionnelle aura notamment besoin d’évaluer les capacités de la mère à ajuster ses attitudes aux besoins de l’enfant, dans une situation analogue à celle qui a conduit au débordement violent.

Besoins de la mère :

Se sentir comprise et non jugée par la professionnelle.

Reconnaître la gravité de la situation et les options possibles autres que celle de garder l’enfant en cachette à la maison, cela afin de sortir d’une position de honte qui fige les perspectives de résolution de la situation. 

Identifier les facteurs déclenchants et/ou étiologiques qui ont généré l’agir impulsif ou le passage à l’acte violent

Examiner ce qu’il convient de faire à court, moyen et long terme pour prévenir et gérer de manière appropriée des situations analogues émotionnellement chargées et liées à un risque de débordement dommageable.

Besoins de l’enfant :

En fonction de son âge, identifier les besoins spécifiques de l’enfant et en particulier les besoins concernés qui seraient en lien avec l’incident critique. 

Prendre conscience des présupposés et croyances :

Un présupposé ou une croyance est une affirmation personnelle que nous tenons pour vraie. Consciente ou inconsciente, elle porte sur la perception que nous avons de nous-mêmes, des autres, du monde. Nous avons tendance à tenir nos croyances pour universellement vraies, justes et à attendre des autres qu'ils les partagent. …

La croyance à l’œuvre chez notre professionnelle est : « J’étais tellement convaincue que le lien que j’avais établi avec cette mère allait lui permettre d’adopter en toutes circonstances les attitudes parentales adéquates et que j’avais le pouvoir de l’empêcher  de commettre des erreurs ». Le présupposé à la base de ses sentiments de déception et d’impuissance est qu’elle croit que le changement de l’autre est sous sa responsabilité et sous son contrôle. La réalité a infirmé cette croyance personnelle. De plus, la généralisation abusive et idéalisante de la professionnelle est : « une mère ne peut qu’aimer son enfant et est incapable de lui nuire, la violence est exercée seulement par les pères,… ».

La prise de conscience de ses croyances et présupposés a permis à la professionnelle de reconfigurer la représentation qu’elle se faisait de la situation de manière plus objective et ainsi de récupérer le discernement nécessaire à un ajustement d’attitude et d’intervention.

Enfin, il s’agit aussi ici de reconnaître combien son moi idéal professionnel a été mis à mal par cette situation, combien elle est tombée de haut par rapport à ses espoirs. Le sentiment d’impuissance vient de ses attentes irréalistes par rapport aux ressources de cette maman. Il s’agira dès lors de redéfinir un objectif d’évolution réaliste.

Etre en lien avec un interlocuteur demande d’être au clair avec ses présupposés et demande une posture de bienveillance et d’accueil d’autrui, porteur de différence.

Identifier les méconnaissances et les lacunes d’information :

Méconnaissances :

« Parfois on a le truc sous les yeux et on ne le voit pas ».

Il y a ici une méconnaissance du parcours chaotique de la mère ou à tout le moins de l’impact de ce parcours sur une fragilité ou une vulnérabilité psychique hypothéquant les compétences parentales. Connaissant le parcours chaotique de la maman, il y a lieu de ne pas minimiser les risques de débordement comportemental dans des situations émotionnellement chargées.

Il pourrait aussi y avoir une méconnaissance à propos de non-assistance à personne en danger (ici la fillette), si la professionnelle cautionnait l’aspect caché des choses.

Lacunes d’informations :

L’absence de recul dans un tel contexte est favorisée par l’ignorance de certains mécanismes psychiques propres au professionnel et de syndrômes propres à certains parents. Nous en citerons certains ici à titre d’information sans les approfondir : les risques de fascination, de paralysie, de sauvetage, d’idéalisation, le  syndrôme de Münchhausen par procuration ou le syndrôme de Médée.

De plus, une connaissance incomplète ou une évaluation partielle des critères suivants peuvent aggraver « l’aveuglement » du professionnel : (cf. : « vers la pratique de l’évaluation des situations de danger, phase II de la recherche « le danger : repères pour la pratique » ; recherche réalisée par Nicole Duhamel, Véronique Sichem et Charles Van Haverbeke, formateurs au CFIP ; avril 2009 »).

Le parent identifie-t-il avec pertinence les besoins de l’enfant ? Le parent croit-il en sa capacité d’opérer un changement ? Le parent essaie-t-il ?  Le parent maîtrise-t-il ? 

Enfin, une observation fine des modalités d’interactions comportementales, émotionnelles et fantasmatiques sera également de mise afin de prendre en compte la complexité du réel.

Mettre en lien avec d’éventuelles résonances affectives personnelles : 

Quel écho personnel la situation réveille chez la professionnelle, quel embrayeur émotionnel est activé dans ce contexte et quel besoin cela appelle-t-il ?

Cela permettra de prendre le recul nécessaire pour désamalgamer la situation de souvenirs personnels similaires ou analogues et ainsi optimaliser la régulation de la distance.

Mettre en œuvre : 

Quelle est mon action possible et appropriée au contexte pour retrouver un état interne satisfaisant ?

En travaillant avec elle la conscience et l’acceptation que personne n’a le pouvoir sur autrui, ainsi que l’acceptation des limites de l’autre, on l’aide à réduire la pression interne qu’elle se mettait et à renoncer à l’illusion piégeante de toute puissance. En lui indiquant qu’elle a travaillé du mieux qu’elle a pu en tenant compte des ressources et des limites de chacun, elle peut progressivement se déculpabiliser, reprendre confiance en elle et poursuivre son accompagnement de manière plus sereine. Enfin, elle pourra ainsi tenir compte de la fragilité psychique de cette mère et des conséquences quant aux capacités d’ajustement de celle-ci, quant à la question de savoir si la mère croit en sa capacité d’opérer un changement, si elle essaie et si elle maîtrise ces nouvelles attitudes (capacité d'apprentissage).

La professionnelle, compte-tenu de son mandat et de sa mission, ne peut pas faire l’économie d’un minimum de communication : « quand je vois votre enfant ….je suis inquiète et je me demande si… » . Elle est enfin tenue d’effectuer un signalement. Tout en maintenant l’alliance avec la mère.  Nous sommes ici au cœur de la question épineuse de la juste distance pour cette professionnelle tiraillée par une double loyauté. C’est notamment ici que la pose du cadre « s’impose » :

Poser le cadre : 

La professionnelle pourrait se « contenter » de sermonner la mère et  être tentée de ne pas effectuer de signalement, cela dans l’espoir de  « sauver » cette mère. Ce sauvetage guidé par une bonne intention : « il ne faut surtout pas qu’on lui retire son enfant, ce serait trop tragique pour elle » aurait comme conséquence piégeante de déresponsabiliser la mère en la prenant « sous son aile ». L’utilisation du cadre professionnel permet d’éviter cela.  Le cadre permet de se reconnecter avec  sa mission, ses objectifs de travail et sa déontologie. Il permet, de plus, d’éviter de tomber dans la fusion et de ne pas céder à la peur « de perdre la bonne relation avec la mère » ou à la pitié anticipative. Il s’agira ensuite de trouver la manière appropriée d’annoncer à la mère qu’elle va effectuer un signalement tout en restant soutenante et non jugeante par rapport à celle-ci.  Triangulation avec le cadre et empathie authentique sont les 2 repères qui fondent ce processus.

Activer le lien avec d’autres professionnels :

Le lien avec d’autres professionnels est de première importance grâce à l’apport d’éclairages complémentaires.  Travailler en réseaux avec d’autres professionnels et s’accorder sur les objectifs, pourront être une aide nécessaire et très puissante dans certains cas.

Aider ou sauver ? 

Une mère sans papier, un vendredi soir froid et venteux,  frappe à la porte d’un service ambulatoire et demande du lait pour son bébé, elle n’a pas d’argent et rien à lui donner à manger.  La professionnelle connaît la consigne qui interdit ce genre de don et sait par ailleurs qu’il y a une boîte de lait ouverte dans le frigo.

Quelle est la juste attitude à adopter ?

Donner la boîte de lait sans commentaires, pour soulager la plainte, pourrait être une option spontanée parmi d’autres. S’agit-il d’un réflexe de compassion à court terme, d’une attitude de pitié sociale, de générosité sans réflexion à long terme, … autant d’interprétations possibles plus ou moins pertinentes. Quelle pourrait être une autre alternative ?

Le sauveur vole la responsabilité à l’autre

Si plutôt que de donner un poisson à la personne, le professionnel voulait lui apprendre à pêcher, un de ses outils quand il est face à ce type de demande, est par exemple, de se référer aux 4 questions de la « trousse de secours du sauveur », afin d’offrir une attitude responsabilisante. 

Cet outil fait appel au  concept de « rôles psychologiques » joués dans les relations humaines, tels que l’analyse transactionnelle les définissent. Ces « rôles psychologiques » tournent au sein d’un triangle dont les 3 angles sont les rôles de sauveur, persécuteur et victime.

Lors de ces jeux, les protagonistes jouent inconsciemment des rôles psychologiques : persécuteur, sauveur et victime (S. Karpman). Ces rôles ou positions tournent entre les « acteurs » et fonctionnent entre eux de manière complémentaire. La position de sauveur par exemple a besoin d’une « victime » dans l’environnement immédiat, afin de combler un besoin de celle-ci, de se substituer à la victime en prenant les choses en main, faisant les choses à sa place. Nous voyons dans ce cas de figure combien le sauveur vole la responsabilité de l’autre de trouver par lui-même une solution à sa difficulté. Conscient de ce mécanisme, le professionnel peut éviter de « sauver ». Pour cela, il pourra faire appel à ladite trousse de secours du sauveur (outil développé par Agnès Le Guernic ?…) qui propose de (se) poser les 4 questions suivantes avant de foncer dans le « sauvetage » : Y-a-t-il une demande, et si oui laquelle ? Suis-je compétent pour cela ? Est-ce dans mon mandat, dans ma mission, de ma responsabilité ? En ai-je envie ?

Nous pourrions spécifier la question sur la responsabilité : en tant que professionnel ai-je une responsabilité à assumer quant au soutien à l’autonomie, quant à la responsabilisation d’autrui (plutôt qu’une posture  qui cautionnerait une logique d’assistanat) ?

Si les réponses sont positives, il s’agira non d’un sauvetage, mais d’une démarche consciente d’aide appropriée au contexte et à la personne, et qui laisse à l’autre la responsabilité de formuler une demande, et de cheminer dans la recherche et la mise en place d’une solution à sa difficulté, tout en étant accompagnée, mais d’une manière qui respecte son autonomie (interdépendance) et sa part de responsabilité.

Dès lors, dans l’exemple qui nous occupe, une autre alternative que celle de donner la boîte de lait d’emblée, pourrait consister à recevoir la personne et à déployer avec elle, en l’écoutant de manière authentique et empathique, les démarches qu’elle a déjà faites sans succès et les options possibles à activer dans cette situation. Ce processus d’activation des ressources et de responsabilisation relève d’un positionnement où le professionnel témoigne de son engagement/implication humaine et professionnelle, et en même temps évite de cautionner une logique d’assistanat sous la houlette d’un sauveur tout-puissant.

La question cruciale à cet endroit consiste donc à soutenir une personne sans « faire à sa place », en lui laissant sa responsabilité.  Pour ce faire, le professionnel doit se garder de tout conseil, et prendre le temps de déployer les options possibles sans se crisper sur la recherche d’une « solution toute faite» (même si elles lui apparaissent clairement).

Conclusions

La « juste distance professionnelle » s’enracine dans un travail de conscientisation permanent, sorte de vigilance permanente intrapsychique mais aussi interpersonnelle, vu qu’il s’agit aussi de la conscience des frontières du territoire psychologique et physique de chacun. C’est ensuite la combinaison d’une authentique empathie et d’une triangulation avec le cadre (celui de la loi, de la mission et de la déontologie) qui permettra de réaliser des interventions  témoignant de cette « juste distance ». Celle-ci ne sera jamais établie une bonne fois pour toutes, vu qu’elle est sujette à régulation permanente étant donné la nature des interactions. 

C’est encore faire preuve d’une capacité de gérer ses émotions, c.-à-d. (re)connaître ses valeurs sous-jacentes, et/ou ses présupposés provoquant des jugements ou des attentes irréalistes. Cette (re)connaissance contribuera à ne pas sentir impuissant face à ce qui relève de l’impossible, à éviter de « sur-réagir sous le coup de l’émotion (risque éventuel de cassure du lien), et de garder le lien dans la durée, avec patience, bienveillance et détermination. Enfin, ne pas rester seul, mais faire appel aux ressources d’autres professionnels et au travail en réseau permettra de resituer le lien dans un contexte où la complexité des enjeux du réel sera rencontrée par la complémentarité des apports respectifs. 

D’autre part, lorsque la tentation de sauver guète le professionnel, apprendre à ne pas entrer ou à sortir du triangle dramatique, permettra de se relier à la réflexion, la responsabilité et l’autonomie de chacun, cela sur une base de confiance nécessaire. Sortir de ce triangle permettra aussi de réajuster la distance et de rééquilibrer le curseur sur le continuum lien/distance. Il s’agit d’un travail sans fin en termes de clôture, mais pas sans fin en termes de finalité.

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Surfez sur la vague de l'émotion

Le vague à l’âme ou…surfez sur la vague de l’émotion

 

Une situation professionnelle chargée émotionnellement :

Dans une Maison de repos, un résident frappe l’aide-soignante qui veut le laver.  Choquée, elle quitte la chambre et va voir la directrice qui lui répond : « Ecoute, c’est un client, je ne peux rien faire.  Il faut t’endurcir »

Mais au fond, l’émotion c’est quoi et ça sert à quoi ? Quelques généralités 

Les émotions sont à l’homme ce que le voyant lumineux est au tableau de bord d’une voiture… Un signal qui informe qu’il se passe quelque chose qu’il serait bon de traiter si l’on veut éviter la panne future…

En tant que professionnels de l’accompagnement (éducateurs, coach, managers, conseillers, consultants, assitants sociaux, psychologue, soignants…), nous donnons de l’écoute, du soutien, du contenant, nous accueillons la souffrance et/ou le questionnement de l’autre, ce qui déclenche chez nous souvent une charge émotionnelle importante.

Comment rester professionnel dans l’accueil de l’émotion de l’autre et face à notre propre ressenti ?  Pour certains, « les émotions, ce n’est pas professionnel ».  Cette conception péjorative des émotions peut amener certains professionnels à nier, voire refouler, leurs émotions.  D’autres, au contraire, face aux situations rencontrées, se sentent envahis par la détresse de l’accompagné, ou par la colère, et ne peuvent plus « travailler sereinement », prendre du recul, à tel point que cette charge émotionnelle parfois les accompagne jour et nuit, ou les fait « passer à l’acte » (crier, tempêter, refuser de parler à tel ou tel collègue…).

Revenons à notre situation professionnelle évoquée en début d’article.  La directrice, par ses paroles, nie le choc émotionnel que vit son aide-soignante et l’invite à ne pas tenir compte de ce qu’elle sent. Il reste à l’aide-soignante à « ravaler » son désarroi, ce qui à long terme, et si la situation se répète, peut s’avérer dommageable dans la mesure où l’aide-soignante risque d’accumuler un vécu de violence, qu’elle peut soit refouler avec le danger de la somatisation dans le corps, soit retourner contre ses collègues ou un résident en « lâchant la soupape », et en adoptant des comportements inadéquats : paroles blessantes, cris,…

Et puis surtout, à la longue, un vécu d’échecs risque de s’imprimer en elle, abîmant l’image qu’elle a d’elle-même, détruisant sa confiance en elle…

Par ailleurs, l’attitude de la directrice ferme un autre volet tout aussi essentiel à analyser : le « comment se fait-il » que le résident en vienne à frapper une aide-soignante au moment de la toilette ?  Il est nécessaire de chercher à comprendre, ou a minima de trouver le sens, de cette attitude violente, signe qu’un besoin est à prendre en compte chez ce résident.

Certains professionnels, par contre, utilisent les émotions ressenties comme une source d’informations, un signal leur indiquant un besoin chez eux ou chez l’autre « qui requiert attention et action »

Cela leur permet de surfer sur la vague de l’émotion tout en restant en équilibre.  Ainsi, pouvoir se situer entre le déni émotionnel et le débordement émotif est un long apprentissage, qui se poursuit tout au long de la vie, où nous apprenons à nous mettre à l’écoute de nos besoins, ce qui nous offre une meilleure connaissance de nous-même et un meilleur équilibre.

En effet, l’inhibition des émotions, leur refoulement risque d’entraîner une souffrance psychique profonde, voire des problèmes psychosomatiques.  Le corps peut se mettre à avoir mal, à développer des pathologies, des maux à défaut de mots mis sur sa souffrance émotionnelle.  Dans le cas contraire, le débordement des émotions peut entraîner la personne à adopter des attitudes blessantes pour autrui, inadaptées, voire disproportionnées, ce qui risque d’abîmer la relation avec autrui et entraîner une souffrance supplémentaire.

Apprendre donc à gérer ses émotions, c’est-à-dire accueillir leur présence, les reconnaître, les verbaliser, accepter de les traverser malgré l’inconfort que cela suscite, déceler le besoin sous-jacent, agir en conséquence, permet de développer notre potentiel intérieur, de sauvegarder notre santé et nos relations avec autrui.

 

Que peut nous apprendre la pleine conscience sur les émotions ? 

Eric Remacle, dans son livre « Le bonheur ou le stress, une décision de chaque instant » nous offre une perspective nouvelle dans la gestion de nos émotions et de notre stress, celle de la pleine conscience.  La pleine conscience est cette démarche d’attention, de présence à soi, dans l’ici et maintenant, avec bienveillance et douceur.  Peut-être avez-vous déjà observé que penser ou repenser à certaines paroles dites, à certaines attitudes adoptées par soi-même ou quelqu’un d’autre nous replonge dans la débâcle émotionnelle…Et nous ruminons…souvent, parfois beaucoup, parfois même la nuit…

Cet auteur distingue 4 mondes mentaux, qui nous happent fréquemment, à notre insu, et qui sont responsables d’émotions négatives : 

1. le monde de l’analyse où nous essayons de décrypter, de décoder afin de comprendre.  Il est utile en soi parce qu’il permet d’apprendre, mais il peut devenir toxique lorsque les pourquoi n’en finissent plus de nous tarauder…,

2. le monde des jugements et des suppositions : c’est humain, nous jugeons et émettons notre avis sur tout ce que nous voyons, ou presque.  Cela devient empoisonnant lorsque des pensées insidieuses telles que « il ne m’a pas dit bonjour ce matin, ça veut dire qu’il ne m’aime pas » nous envahissent, nous persécutent.

3. le monde des regrets : combien de temps passons-nous à ressasser le passé et à se répéter : « j’aurais dû faire ceci, je n’aurais jamais dû répondre comme cela, il n’avait pas le droit de… »

4. Le monde des désirs : à comprendre dans le sens où subordonner son bonheur à la réalisation de ses désirs est une manière très efficace de se rendre malheureux, puisque la réalisation effective de tous nos désirs est assez improbable.  Ceci dit, avoir des projets et des envies ne peut qu’être porteur dans la vie, mais en faire dépendre son bonheur profond ne peut que générer, tôt ou tard, des émotions « négatives ». 

La gestion des émotions avec la pleine conscience 

a.La présence à soi

Si nous prenons le temps de nous observer, nous allons remarquer que nous sommes souvent  dans l’un ou l’autre, voire plusieurs de ces quatre mondes.  Or ceux-ci sont la source d’émotions « toxiques », qui nous coupent du monde réel, c’est-à-dire de l’ici-maintenant : lorsque nous sommes happés dans l’un de ces mondes mentaux, nous ne sommes plus présents à nous-même, nous ne voyons plus le beau paysage que nous traversons, nous ne goûtons plus la nourriture que nous avalons, nous ne profitons plus de la chaleur et de la douceur d’une douche…nous sommes constamment « ailleurs », dans nos pensées et nous passons à côté des petits moments de bien-être que l’on peut se créer en étant présent à soi-même dans l’ici maintenant.  S’entraîner à être présent à soi-même (par exemple, être plus conscient de sa respiration) est une première manière de remettre un peu de calme, de paix à l’intérieur de soi et donc de prendre du recul par rapport à ces émotions qui nous font mal.

b. Auto-flagellation/bienveillance

Etre présent à soi-même, c’est aussi observer les croyances que l’on nourrit envers soi, notre capacité à s’auto-reprocher une série de choses, à « se flageller » moralement, à manquer donc de bienveillance pour soi.  Le constater, sans jugement, en identifier l’origine pour s’en distancier, c’est s’offrir une chance de corriger cela, de penser autrement de soi à soi.

Laurent Gounelle, dans son livre « L’homme qui voulait être heureux » utilise l’image du petit enfant qui apprend à marcher pour expliquer ce qu’est la bienveillance : L’enfant va tomber environ 2000x, mais toujours il se relève.  Quand votre enfant tombe, vous n’allez pas le punir ou lui reprocher de n’être pas doué, vous l’aidez à se relever, avec compassion et douceur, intimement convaincu qu’avec le temps il va y arriver.  Et effectivement, un jour il y arrive.  L’attitude bienveillante, envers soi et les autres, c’est celle-là : observer que l’on « tombe », c’est-à-dire qu’on se trompe, ne pas s’en vouloir et continuer à se relever, convaincu qu’un jour, nous ne nous tromperons plus…  Cette attitude permet d’atténuer la mésestime de soi, tellement douloureuse à vivre

c. Accuser l’autre ou conscientiser ses zones vulnérables

Remacle nous invite ensuite, lorsque nous sommes blessés, en colère, honteux, coupables…à observer la tendance instinctive de chacun d’entre nous à accuser l’autre.  « C’est sa faute si… », « s’il n’était pas là, l’ambiance serait meilleure… » Peut-être.  Et peut-être pas.  Parce que nous avons chacun nos croyances, limitantes ou porteuses, notre sensibilité, nos zones fragiles, nos blessures, qui nous rendent insupportables certaines paroles ou attitudes d’autrui.

Ces zones de fragilité ou de blessure font de chaque être humain une petite bombe émotionnelle à laquelle est accrochée un détonateur.  Les paroles ou attitudes blessantes d’autrui viendraient appuyer sur ce détonateur, et la petite bombe que nous sommes exploserait.  Autrui ne serait donc qu’un déclencheur de nos émotions mais ni le coupable ni le responsable.

Par la pleine conscience, nous pouvons observer l’impact des paroles ou attitudes d’autrui sur nous-même, prendre conscience de l’existence de notre blessure, reconnaître cette douleur en nous.  Ceci est déjà un enseignement sur là où nous en sommes, sur nos zones de fragilité et de force, face auxquelles nous avons le choix, en tout cas la responsabilité, de les travailler, d’élaborer afin de nous rendre moins vulnérables.

Cette position est certes difficile, parfois inconfortable, mais si nous acceptons de jouer le jeu, c’est en liberté que nous gagnons, en ne laissant plus aux autres le pouvoir de nous blesser, de nous malmener.

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